Nicolas Jutzet, zvg.

Où est le nouveau Jean-Claude Biver?

L’économie romande manque des personnages publics crédibles.

Lesen Sie die deutsche Version hier.

Sous le feu des critiques en Romandie, notamment récemment durant la campagne pour des «multinationales responsables», les grosses entreprises y jouent pourtant un rôle crucial. Le meilleur employeur romand 2021 est, par exemple, une multinationale ! C’est le verdict du classement annuel du magazine Bilan. Ce désamour est nouveau. Longtemps, le «miracle économique» de l’arc lémanique était une fierté romande. Une manière de montrer aux Suisses allemands que la Romandie était à la pointe, bien loin des clichés qu’on lui attribue parfois. Plusieurs personnages comme Peter Brabeck, l’ancien patron de Nestlé, ou Jean-Claude Biver, ex-président de la division montres du groupe LVMH, incarnaient cette réussite romande et faisaient le lien avec la population locale.

Aujourd’hui, cette lune de miel est terminée, les divergences sont profondes. Pour preuve, Vevey, qui accueille le siège de Nestlé, a par exemple accepté l’initiative «multinationales responsables» avec un score sans appel (73% des votants). Alors même que le président Paul Bulcke s’est largement impliqué dans la campagne pour rappeler le rôle de son entreprise et les responsabilités qu’elle prend. Engagement tardif et sans doute jugé trop opportuniste par la population locale, tant ce genre de prise de position publique est devenue l’exception et non plus la règle.

Pourtant, l’économie a besoin de noms et de visages, pour expliquer les défis auxquels elle fait face, et quel est son apport au bien-être des habitants de cette région florissante. Cette absence de figure médiatique crédible, qui connaît les réalités et les institutions suisses, explique sans doute une partie du fossé grandissant entre une population qui profite de bonnes conditions de vie tout en vouant aux gémonies les entreprises qui y contribuent largement. Pour en sortir, la Suisse romande a besoin d’un nouveau Jean-Claude Biver!

«Unverzichtbare Lektüre:
eine intellektuelle Zündkerze, die das
Weiterdenken in Gang bringt.»
Wolf Lotter, Autor und Mitgründer von «brand eins»,
über den «Schweizer Monat»