L’apprentissage,
une voie de garage?

Le modèle qui fait notre succès est en danger.

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La réussite du modèle suisse repose en grande partie sur notre tissu de PME agiles, capables de réagir rapidement aux évolutions économiques. La formation de notre main d’œuvre colle quasi parfaitement à cette réalité. Avec nos nombreuses passerelles, il n’est jamais trop tard pour se former ou changer de voie. La collaboration entre le privé et le public permet par ailleurs d’affiner les formations et de les faire correspondre, en grande partie, aux besoins du marché. Le faible chômage des jeunes (en comparaison avec les autres pays) le confirme.

Le monde entier lorgne sur cette réussite. Lors de son passage en Suisse en 2015, François Hollande, alors président de la République française, félicitait les autorités helvétiques pour ce modèle de formation. Admettant toutefois que s’il voulait l’introduire en France, il devrait d’abord changer l’ensemble des enseignants et leur mentalité… L’apprentissage étant là-bas largement associé à une voie de garage, pour ceux qui sont incapables de faire mieux.

En Suisse, cette voie est choisie par deux tiers des jeunes. Elle permet de passer à la pratique après avoir suivi une éducation obligatoire plus axée sur la théorie. En alliant journées sur le lieu de travail et formation continue dans des centres professionnels, elle permet à chaque individu d’acquérir les armes qui feront de lui un travailleur qualifié apte à trouver son chemin et sa place dans la vie active. Malheureusement, ce modèle est en danger. Une «académisation» des esprits est en cours, surtout en Suisse romande et au Tessin, où de plus en plus de jeunes préfèrent l’option gymnasiale à l’apprentissage. Alors qu’en Suisse allemande, selon les cantons, ce sont plus des trois quarts des jeunes qui choisissent la voie professionnelle. Deux mondes s’affrontent, et cette dynamique ne fait que s’accentuer. L’apprentissage perd indubitablement en prestige. Le désintérêt grandissant des jeunes le confirme, la formation professionnelle tend à devenir une voie respectable … mais pour le fils du voisin. Le nôtre, suite à nos conseils insistants, ira plutôt au lycée puis à l’université. Si elle se confirme, cette tendance risque de mettre à mal l’équilibre que nous observons actuellement et qui fait notre succès.

«Sympathisch elitär, aber nie hochnäsig!
Die Kollegen beim MONAT wissen,
dass der liberalen Haltung ein Schuss Ironie gut bekommt.»
Rainer Hank, «FAZ»-Kolumnist,
über den «Schweizer Monat»